Eric Chenut

Sextidi, 6 Ventôse CCXXV

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Questions de protection sociale

Groupe des élus de gauche à Nancy

Mathieu Klein

 

Encres sèches

Le monde d’Eric, vu par Anne…

Merci Anne, pour ce portrait, sans concession, en creux comme en bosse, On croirait lire du braille, A ceux qui me connaissent de dire à quel point ils me perçoivent ainsi….
Le monde d’Eric . 
Rien ne se voit et tout se ressent . Rien ne se perd et tout s’apprend.  Dans ce monde à la fois terrifiant et touchant . 
On cherche à entrer dans le regard d’Eric,  qui trône comme un enfant visionnaire , comme un félin incompris dans la photographie d’un monde qui s’est arrêté il y a tant d’années, et ,qu’il imagine désormais à travers les ambassadeurs qu’il choisit . 
On partage autrement dans ce monde où la générosité et la sincérité s’imposent . Pour lui raconter le monde , on s’attarde alors à  le regarder différemment . La liberté d’Eric c’est de construire et reconstruire le sien à dessein. Et puis, il y a le monde qu’il sait, qu’il sent , qu’il ressent comme une une brise douce ou comme la gifle du vent . 
Éric sourit peu . Il rit aux éclats ou il est en colère . Il est débarrassé des contraintes hypocrites de certains codes sociaux , des émotions tièdes . Il pense l’univers qu’il ne voit plus ,et, en propose sa vision . Éric est beau et ne le sait plus . Éric a mal et ignore si le reste du monde scrute sa douleur . Éric est heureux et nous accroche le regard . 
La première fois que je suis entrée dans l’antre immaculée du sphinx , j’ai cherché un temps ma place, puis ses yeux,  derrière ses lunettes noires, qui vous séparent implacablement de lui . Comme s’il revendiquait sa blessure , cette déchirure que l’on perçoit  comme indéfectible et violente . Il vous la jette à la figure , pour mieux passer en un éclair à autre chose . 
Et puis très vite , transportée par les mots d’Eric, par ses idées , son savoir et son talent , je rêve . Les corps et les apparences n’ont plus d’importance . On parle sans se regarder, et, on débat les yeux ailleurs .Ca ne compte plus dans cet univers . On revit finalement l’essentiel dans le monde d’Eric . Je n’ai plus besoin d’être belle et je n’ai plus peur d’être moi.  On avance ni masqué, ni fardé,  on avance à cœur et à esprit ouvert . On ne triche plus, on marche vrai . Les idées sont libres et elles règnent , elles tourbillonnent, elles explosent  . Les engagements  prennent le pouvoir. Le temps s’arrête . Le temps se densifie .
Le renard dit au  Petit Prince que l’essentiel  est invisible pour les yeux . Ici , l’essentiel est partout et règne sans partage . 
Mes yeux se perdent pourtant sur lui , je voudrais lui prêter les miens quelques heures . Je rêve à imaginer qu’il voit et que tout cela n’est qu’un mauvais rêve . 
Mais je sais que l’allumeur  de réverbères l’a pourtant bien abandonné ,  dans le noir , depuis tant d’années .
Et puis , et puis , et puis notre réunion se termine, et, je vais quitter le bureau qui embrasse à pleine bouche la Tour Eiffel et tout Paris . Éric me signifie de son menton altier que mon temps avec lui s’achève. Il me rappelle ce qu’il attend de moi , à la fois comme une brise douce,et, comme la claque des vagues sur les rochers. Il vient à nouveau de me confier une nouvelle mission et une carte aux trésors . Je dois reprendre la route de notre quête . Il me quitte avec l’expression solaire de son visage . Je lui dit merci des yeux . Depuis sa nuit sans lune et sans étoiles , il voit  pourtant ces mots la  . J’ai envie d’attraper son bras,  de lui dire avec mon corps ce que je ne peux plus lui dire avec mes yeux . 
Rien ne se voit et tout se ressent . Rien ne se perd et tout s’apprend . Dans l’île d’Eric , où on s’arrête par accident, et, où on reste par engagement .  Je ne parviens pas à le quitter , lui et son monde . Ce monde qui nous attache férocement et jalousement  à lui . 
Mais , Il me rappelle pour  la seconde fois que la reunion est terminée . Son air est grave . Plus grave .  Il a remis son masque de commandeur des armées.  Je  le laisse donc  à ses milles autres combats , je le regarde doucement et clandestinement . Mes yeux s’attardent , mes yeux cherchent l’inspiration et trouvent l’admiration  .  Je reprends la mer avec mon équipage et je le rejoindrai à la prochaine escale , avec l’espoir intense de la mission accomplie . 
Éric, magistral et puissant  repart en guerre  en pleine lumière . 

Protection sociale

Pour le suicide assisté et des services d’accompagnement à la mort

Vivre, c’est aussi accepter de mourir. La mort est consubstantielle de la vie : nos sociétés occidentales semblent l’avoir oublié. Alors même que la très grande majorité de nos concitoyens souhaitent mourir à domicile, l’hospitalisation de la fin de vie ne cesse de progresser. Alors même que la plupart de la population n’approuve pas l’acharnement thérapeutique, il est difficile dans notre démocratie d’avoir un débat serein sur la fin de vie et la liberté de choix à accorder à chacun de choisir en toute dignité, librement, la manière dont il souhaite finir sa vie. Il est de notre devoir de mutualistes d’agir, avec les acteurs du mouvement social. Il est étrange de constater que dans notre pays, la France, les débats sociétaux déclenchent autant de passion, voire d’hystérie à certains moments. Pourquoi ne sommes-nous pas capables d’appréhender ces questions de manière factuelle, pragmatique, sans rajouter de la doctrine là où il n’y a peut-être pas lieu d’en mettre ? Souvenons-nous des mots de haine proférés contre Simone Veil lors des débats pour légaliser l’interruption volontaire de grossesse en 1975. De la tension au moment où Claude Evin a rétabli la pilule abortive RU486 contre les lobbies « prolife », des manifs anti-PACS, des stigmatisations LGBT-phobes autour du mariage pour tous… Sans parler de violence, il suffit de citer l’exemple de la bioéthique pour rappeler combien il est difficile de faire exister une débat démocratique dépassionné. D’autres pays européens affrontent ces sujets de manière apaisée. Une majorité, une opposition, des contradicteurs débattent et argumentent. La loi pour le mariage pour tous adoptée après référendum par la très catholique Irlande n’a pas engendré les crispations françaises. La Belgique a su légaliser l’euthanasie. En France, nous devons avancer masqués sur la procréation médicalement assistée pour tous les couples et toutes les femmes quelle que soit leur situation personnelle, les lois de bioéthique, l’utilisation des données de santé, l’accompagnement de fin de vie, du soin palliatif jusqu’au suicide assisté… Bien d’autres débats éminemment politiques, au sens noble du terme, n’émergent pas sur la place publique et restent confinés aux cénacles d’experts. Par manque de courage de nos responsables politiques et du fait de nos passions immatures, le peuple se retrouve ainsi dépossédé de ces questionnements fondamentaux, aussi essentiels soient-il à la construction des compromis et des consensus collectifs qui forgent notre vivre ensemble. Nous n’avons pas le droit de jouer la politique de l’autruche. Alors, faces aux défaillances de l’espace politique traditionnel, ne serait-ce pas au mouvement social, c’est-à-dire à la mutualité, avec les associations et les autres corps intermédiaires, de s’organiser en pariant sur l’intelligence collective et l’émancipation citoyenne ? La mutualité est légitime à agir car ces questions sont aux confluents des vies personnelles et familiales des populations que nous protégeons. [COMMENTAIRE : JE NE COMPRENDS PAS CETTE PHRASE] Car notre objet social fondamental est la défense de leurs intérêts intellectuels, culturels et moraux. Et parce que nous avons la connaissance et l’expertise des questions de santé, en tant qu’assureur, gestionnaire de services de soins et d’accompagnement mutualistes, acteur de prévention, acteur du mouvement social. Nous devons nous en emparer car ils nous interpellent sur nos missions et nos actions. En effet, nous défendons la liberté de nos adhérents et leur droit de décider en conscience leur projet de vie et nous les aidons concrètement à mettre en œuvre leurs projets de vie. Aussi, au nom de quoi pourrions-nous respecter leur choix, leur libre arbitre lorsqu’il s’agit de la manière de vivre mais pas lorsqu’il s’agit de la manière de mourir ? Derrière quelles justifications religieuses, philosophiques ou politiques peut-on se retrancher ? Décider sa mort appartient à chacun. Cela relève de la sphère privée et le cadre public, institutionnel et politique, doit permettre d’exprimer son désir et de l’accomplir. La société ne doit jamais craindre d’accorder trop de libertés, si celles-ci n’altèrent en rien la vie et la liberté des autres. La loi dite Léonetti, qui permet d’éviter l’acharnement thérapeutique, est indispensable mais insuffisante. Elle rend possible l’interruption d’un traitement depuis 2005 et, depuis 2008, il est possible de recourir à des formes de sédation pour éviter la douleur. Indispensable, elle a permis d’accompagner la fin de vie de personnes en souffrance dans le respect et la dignité. Insuffisante, elle ne répond pas à de trop nombreuses situations dramatiques car elle n’intervient que dans les cas où les personnes concernées ont formulé des directives écrites sur leur propre fin de vie. Le suicide assisté compléterait utilement la loi Léonetti. Si la question de l’euthanasie est en effet complexe en ce qu’elle pourrait induire dans l’esprit des certains le risque d’une application non pour des raisons médicales mais économiques, le suicide assisté pourrait être légalisé en tant qu’expression de volonté, de pleine conscience. Il reviendrait aux individus de savoir s’ils souhaitent ou non user de cette liberté nouvelle. Celles et ceux qui s’y opposeraient n’en auraient bien entendu aucune obligation. Simplement, la société permettrait à chacun d’envisager avec sérénité le jour où ils ne voudraient plus poursuivre leur parcours, en sachant qu’alors ils seraient libres de décider. Car ce qui importe, c’est justement de rendre sereins les derniers jours, les dernières heures, en respectant le mieux possible le souhait des personnes : en permettant leur retour à domicile, en préservant un peu de temps pour les proches. Cet accompagnement vers la mort ne doit pas être systématiquement médicalisée et le cadre hospitalier sanitaire, aseptisé, n’est pas forcément le cadre idéal. Il est probablement nécessaire, en revanche, de développer encore plus les équipes mobiles pour soulager la douleur physique et psychique avec des soins palliatifs et apporter un soutien humain. Mutualistes, nous devons être aux côtés de nos adhérents dans ce moment particulier, eux qui nous ont fait confiance depuis leur naissance, parce que la mort fait partie de la vie de manière pleine et entière. Il nous incombe de revendiquer la liberté du suicide assisté et de réfléchir au travers de nos « SSAM » (soins et services d’accompagnement mutualistes) à la création des services d’accompagnement à la mort.
20 pluviôse 225 – 8 février 2017

Societatis

Lettre de Desproges au Cardinal Lustiger…

… en ces temps où le créationnisme progresse, Où la science est contestée, Et ou l’obscurentisme prospère… Cette lettre reste de pleine actualité !
« Cher seigneur,
Qu’il me soit permis de m’indigner ici véhémentement contre les insupportables attaques portées régulièrement à la télévision contre mon athéisme militant par vos camarades de goupillon. Il est intolérable, deux siècles après la séparation de l’Eglise et de l’Etat, dans un pays qui pousse la laïcité officielle au rang d’institution nationale que des anti-athées hystériques accaparent l’antenne de la télé le dimanche matin, avec des émissions intitulées « La messe du dimanche » dans laquelle les minorités athées non criantes, non bigotantes et mal bêtifiantes sont méprisées et bafouées, je pèse mes mots, au profit de grotesques manifestations incantatoires d’une secte en robe dont le monothéisme avoué est une véritable insulte à Darwin, aux religions gréco-romaines, et à ma sœur qui fait bouddhiste dans un bordel de Kuala-Lumpur.
Je précise que j’envoie par ce même courrier une copie de cette lettre à Dieu et que ça va chier. »
Pierre Desproges
Delay :-4D
7 frimaire 225 – 27 novembre 2016

Des chardons plein les poches

En ces temps troublés une vision humaniste nous manque…

A écouter avec circonspection,humour et réflexion face aux délires de la “propaganda” nationaliste,xénophobe et raciste.   https://www.youtube.com/watch?v=bcxnJMnG-pg
Mais était-ce à une autre époque?

Des chardons plein les poches

danse, chante, chante et mets ton cerre-tête!

Second tour de la primaire de la droite et du centre,. Pour ceux et celles qui sont concernés, et qui vont allez voter en ce dimanche… Ecoutez la chanson de Frédéric Fromet Avant de vous décider!
et pour tous ceux et celles pour qui ce scrutin ne constitue qu’un intérêt citoyen, ainsi qu’un objet sociologique d’observation, prenez le temps de sourire, en écoutant cet excellent podcast!
itunes.apple.com/fr/podcast/la-chanson-de-frederic-fromet/id11511084 34?mt=2
Dimanche 27 novembre 2016 – 7 frimaire 225

Citoyen comme vous

« La nouvelle vulgate planétaire » que nous n’avons pas voulu percevoir…

De la crise financière, économique, sociale et politique actuelle, rien de ce qui nous arrive aujourd’hui n’est surprenant, ni était non prévisible, Il semble juste que nous n’ayons pas anticipé, pas voulu voir…
Nous n’avons pas été suffisamment attentifs aux déterminants idéologiques, dogmatiques  et sociologiques, nous n’avons pas su, pu ou  voulu écouter et lire ceux qui nous ont alerté Pourtant, en mai 2000, Pierre Bourdieu et  Loïc Wacquant écrivaient:   
« La nouvelle vulgate planétaire:
Dans tous les pays avancés, patrons et hauts fonctionnaires internationaux, intellectuels médiatiques et journalistes de haute volée se sont mis de concert à parler une étrange novlangue dont le vocabulaire, apparemment surgi de nulle part, est dans toutes les bouches : « mondialisation » et « flexibilité » ; « gouvernance » et « employabilité » ; « underclass » et « exclusion » ; « nouvelle économie » et « tolérance zéro » ; « communautarisme », « multiculturalisme » et leurs cousins « postmodernes », « ethnicité », « minorité », « identité », « fragmentation », etc. La diffusion de cette nouvelle vulgate planétaire — dont sont remarquablement absents capitalisme, classe, exploitation, domination, inégalité, autant de vocables péremptoirement révoqués sous prétexte d’obsolescence ou d’impertinence présumées — est le produit d’un impérialisme proprement symbolique. Les effets en sont d’autant plus puissants et pernicieux que cet impérialisme est porté non seulement par les partisans de la révolution néolibérale, lesquels, sous couvert de modernisation, entendent refaire le monde en faisant table rase des conquêtes sociales et économiques résultant de cent ans de luttes sociales, et désormais dépeintes comme autant d’archaïsmes et d’obstacles au nouvel ordre naissant, mais aussi par des producteurs culturels (chercheurs, écrivains, artistes) et des militants de gauche qui, pour la grande majorité d’entre eux, se pensent toujours comme progressistes. Comme les dominations de genre ou d’ethnie, l’impérialisme culturel est une violence symbolique qui s’appuie sur une relation de communication contrainte pour extorquer la soumission et dont la particularité consiste ici en ce qu’elle universalise les particularismes liés à une expérience historique singulière en les faisant méconnaître comme tels et reconnaître comme universels (1). Ainsi, de même que, au XIXe siècle, nombre de questions dites philosophiques, comme le thème spenglérien de la « décadence », qui étaient débattues dans toute l’Europe trouvaient leur origine dans les particularités et les conflits historiques propres à l’univers singulier des universitaires allemands (2), de même aujourd’hui nombre de topiques directement issus de confrontations intellectuelles liées aux particularités et aux particularismes de la société et des universités américaines se sont imposés, sous des dehors en apparence déshistoricisés, à l’ensemble de la planète. Ces lieux communs, au sens aristotélicien de notions ou de thèses avec lesquelles on argumente mais sur lesquelles on n’argumente pas, doivent l’essentiel de leur force de conviction au prestige retrouvé du lieu dont ils émanent et au fait que, circulant à flux tendu de Berlin à Buenos Aires et de Londres à Lisbonne, ils sont présents partout à la fois et sont partout puissamment relayés par ces instances prétendument neutres de la pensée neutre que sont les grands organismes internationaux — Banque mondiale, Commission européenne, Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) —, les « boîtes à idées » conservatrices (Manhattan Institute à New York, Adam Smith Institute à Londres, Deutsche Bank Fundation à Francfort, et de l’exFondation Saint-Simon à Paris), les fondations de philanthropie, les écoles du pouvoir (Science-Po en France, la London School of Economics au Royaume-Uni, la Harvard Kennedy School of Government en Amérique, etc.), et les grands médias, inlassables dispensateurs de cette lingua franca passe-partout, bien faite pour donner aux éditorialistes pressés et aux spécialistes empressés de l’import-export culturel l’illusion de l’ultramodernisme. Des militants qui se pensent encore progressistes ratifient à leur tour la novlangue américaine quand ils fondent leurs analyses sur les termes « exclusion », « minorités », « identité », « multiculturalisme ». Sans oublier « mondialisation » Outre l’effet automatique de la circulation internationale des idées, qui tend par la logique propre à occulter les conditions et les significations d’origine (3), le jeu des définitions préalables et des déductions scolastiques substitue l’apparence de la nécessité logique à la contingence des nécessités sociologiques déniées et tend à masquer les racines historiques de tout un ensemble de questions et de notions — l’« efficacité » du marché (libre), le besoin de reconnaissance des « identités » (culturelles), ou encore la réaffirmation-célébration de la « responsabilité » (individuelle) — que l’on décrétera philosophiques, sociologiques, économiques ou politiques, selon le lieu et le moment de réception. Ainsi planétarisés, mondialisés, au sens strictement géographique, en même temps que départicularisés, ces lieux communs que le ressassement médiatique transforme en sens commun universel parviennent à faire oublier qu’ils ne font bien souvent qu’exprimer, sous une forme tronquée et méconnaissable, y compris pour ceux qui les propagent, les réalités complexes et contestées d’une société historique particulière, tacitement constituée en modèle et en mesure de toutes choses : la société américaine de l’ère postfordiste et postkeynésienne. Cet unique super-pouvoir, cette Mecque symbolique de la Terre, est caractérisé par le démantèlement délibéré de l’Etat social et l’hypercroissance corrélative de l’Etat pénal, l’écrasement du mouvement syndical et la dictature de la conception de l’entreprise fondée sur la seule « valeur-actionnaire », et leurs conséquences sociologiques, la généralisation du salariat précaire et de l’insécurité sociale, constituée en moteur privilégié de l’activité économique. Il en est ainsi par exemple du débat flou et mou autour du « multiculturalisme » , terme importé en Europe pour désigner le pluralisme culturel dans la sphère civique alors qu’aux Etats-Unis il renvoie, dans le mouvement même par lequel il les masque, à l’exclusion continuée des Noirs et à la crise de la mythologie nationale du « rêve américain » de l’« opportunité pour tous » , corrélative de la banqueroute qui affecte le système d’enseignement public au moment où la compétition pour le capital culturel s’intensifie et où les inégalités de classe s’accroissent de manière vertigineuse. L’adjectif « multiculturel » voile cette crise en la cantonnant artificiellement dans le seul microcosme universitaire et en l’exprimant dans un registre ostensiblement « ethnique », alors que son véritable enjeu n’est pas la reconnaissance des cultures marginalisées par les canons académiques, mais l’accès aux instruments de (re)production des classes moyenne et supérieure, comme l’Université, dans un contexte de désengagement actif et massif de l’Etat. Le « multiculturalisme » américain n’est ni un concept, ni une théorie, ni un mouvement social ou politique — tout en prétendant être tout cela à la fois. C’est un discours écran dont le statut intellectuel résulte d’un gigantesque effet d’allodoxia national et international (4) qui trompe ceux qui en sont comme ceux qui n’en sont pas. C’est ensuite un discours américain, bien qu’il se pense et se donne comme universel, en cela qu’il exprime les contradictions spécifiques de la situation d’universitaires qui, coupés de tout accès à la sphère publique et soumis à une forte différenciation dans leur milieu professionnel, n’ont d’autre terrain où investir leur libido politique que celui des querelles de campus déguisées en épopées conceptuelles. C’est dire que le « multiculturalisme » amène partout où il s’exporte ces trois vices de la pensée nationale américaine que sont a) le « groupisme » , qui réifie les divisions sociales canonisées par la bureaucratie étatique en principes de connaissance et de revendication politique ; b) le populisme, qui remplace l’analyse des structures et des mécanismes de domination par la célébration de la culture des dominés et de leur « point de vue » élevé au rang de proto-théorie en acte ; c) le moralisme, qui fait obstacle à l’application d’un sain matérialisme rationnel dans l’analyse du monde social et économique et condamne ici à un débat sans fin ni effets sur la nécessaire « reconnaissance des identités » , alors que, dans la triste réalité de tous les jours, le problème ne se situe nullement à ce niveau (5) : pendant que les philosophes se gargarisent doctement de « reconnaissance culturelle » , des dizaines de milliers d’enfants issus des classes et ethnies dominées sont refoulés hors des écoles primaires par manque de place (ils étaient 25 000 cette année dans la seule ville de Los Angeles), et un jeune sur dix provenant de ménages gagnant moins de 15 000 dollars annuels accède aux campus universitaires, contre 94 % des enfants des familles disposant de plus de 100 000 dollars. On pourrait faire la même démonstration à propos de la notion fortement polysémique de « mondialisation », qui a pour effet, sinon pour fonction, d’habiller d’œcuménisme culturel ou de fatalisme économiste les effets de l’impérialisme américain et de faire apparaître un rapport de force transnational comme une nécessité naturelle. Au terme d’un retournement symbolique fondé sur la naturalisation des schèmes de la pensée néolibérale dont la domination s’est imposée depuis vingt ans grâce au travail des think tanks conservateurs et de leurs alliés dans les champs politique et journalistique (6), le remodelage des rapports sociaux et des pratiques culturelles conformément au patron nord-américain, qui s’est opéré dans les sociétés avancées à travers la paupérisation de l’Etat, la marchandisation des biens publics et la généralisation de l’insécurité salariale, est accepté avec résignation comme l’aboutissement obligé des évolutions nationales, quand il n’est pas célébré avec un enthousiasme moutonnier. L’analyse empirique de l’évolution des économies avancées sur la longue durée suggère pourtant que la « mondialisation » n’est pas une nouvelle phase du capitalisme mais une « rhétorique » qu’invoquent les gouvernements pour justifier leur soumission volontaire aux marchés financiers. Loin d’être, comme on ne cesse de le répéter, la conséquence fatale de la croissance des échanges extérieurs, la désindustrialisation, la croissance des inégalités et la contraction des politiques sociales résultent de décisions de politique intérieure qui reflètent le basculement des rapports de classe en faveur des propriétaires du capital (7). En imposant au reste du monde des catégories de perception homologues de ses structures sociales, les Etats-Unis refaçonnent le monde à leur image : la colonisation mentale qui s’opère à travers la diffusion de ces vrais-faux concepts ne peut conduire qu’à une sorte de « Washington consensus » généralisé et même spontané, comme on peut l’observer aujourd’hui en matière d’économie, de philanthropie ou d’enseignement de la gestion (lire « Irrésistibles “business schools” »). En effet, ce discours double qui, fondé dans la croyance, mime la science, surimposant au fantasme social du dominant l’apparence de la raison (notamment économique et politologique), est doté du pouvoir de faire advenir les réalités qu’il prétend décrire, selon le principe de la prophétie autoréalisante : présent dans les esprits des décideurs politiques ou économiques et de leurs publics, il sert d’instrument de construction des politiques publiques et privées, en même temps que d’instrument d’évaluation de ces politiques. Comme toutes les mythologies de l’âge de la science, la nouvelle vulgate planétaire s’appuie sur une série d’oppositions et d’équivalences, qui se soutiennent et se répondent, pour dépeindre les transformations contemporaines des sociétés avancées : désengagement économique de l’Etat et renforcement de ses composantes policières et pénales, dérégulation des flux financiers et désencadrement du marché de l’emploi, réduction des protections sociales et célébration moralisatrice de la « responsabilité individuelle » : MARCHÉ ÉTAT liberté contrainte ouvert fermé flexible rigide dynamique, mouvant immobile, figé futur, nouveauté passé, dépassé croissance immobilisme, archaïsme individu, individualisme groupe, collectivisme diversité, authenticité uniformité, artificialité démocratique autocratique (« totalitaire ») L’impérialisme de la raison néolibérale trouve son accomplissement intellectuel dans deux nouvelles figures exemplaires du producteur culturel. D’abord l’expert, qui prépare, dans l’ombre des coulisses ministérielles ou patronales ou dans le secret des think tanks, des documents à forte teneur technique, couchés autant que possible en langage économique et mathématique. Ensuite, le conseiller en communication du prince, transfuge du monde universitaire passé au service des dominants, dont la mission est de mettre en forme académique les projets politiques de la nouvelle noblesse d’Etat et d’entreprise et dont le modèle planétaire est sans conteste possible le sociologue britannique Anthony Giddens, professeur à l’université de Cambridge récemment placé à la tête de la London School of Economics et père de la « théorie de la structuration », synthèse scolastique de diverses traditions sociologiques et philosophiques. Et l’on peut voir l’incarnation par excellence de la ruse de la raison impérialiste dans le fait que c’est la Grande-Bretagne, placée, pour des raisons historiques, culturelles et linguistiques, en position intermédiaire, neutre (au sens étymologique), entre les Etats-Unis et l’Europe continentale, qui a fourni au monde ce cheval de Troie à deux têtes, l’une politique et l’autre intellectuelle, en la personne duale de Tony Blair et d’Anthony Giddens, « théoricien » autoproclamé de la « troisième voie » , qui, selon ses propres paroles, qu’il faut citer à la lettre, « adopte une attitude positive à l’égard de la mondialisation » ; « essaie (sic) de réagir aux formes nouvelles d’inégalités » mais en avertissant d’emblée que « les pauvres d’aujourd’hui ne sont pas semblables aux pauvres de jadis (de même que les riches ne sont plus pareils à ce qu’ils étaient autrefois) » ; « accepte l’idée que les systèmes de protection sociale existants, et la structure d’ensemble de l’Etat, sont la source de problèmes, et pas seulement la solution pour les résoudre » ; « souligne le fait que les politiques économiques et sociales sont liées » pour mieux affirmer que « les dépenses sociales doivent être évaluées en termes de leurs conséquences pour l’économie dans son ensemble » ; enfin se « préoccupe des mécanismes d’exclusion » qu’il découvre « au bas de la société, mais aussi en haut (sic)  », convaincu que « redéfinir l’inégalité par rapport à l’exclusion à ces deux niveaux » est « conforme à une conception dynamique de l’inégalité (8) ». Les maîtres de l’économie peuvent dormir tranquilles : ils ont trouvé leur Pangloss. »
Pierre Bourdieu Sociologue, professeur au Collège de France.
Loïc Wacquant Professeur à l’université de Californie, Berkeley, et à la New School for Social Research, New York.
 (1) Précisons d’entrée que les Etats-Unis n’ont pas le monopole de la prétention à l’universel. Nombre d’autres pays — France, Grande-Bretagne, Allemagne, Espagne, Japon, Russie — ont exercé ou s’efforcent encore d’exercer, dans leurs sphères d’influence propre, des formes d’impérialisme culturel en tous points comparables. Avec cette différence toutefois que, pour la première fois de l’histoire, un seul pays se trouve en position d’imposer son point de vue sur le monde au monde entier. (2) Cf. Fritz Ringer, The Decline of the Mandarins, Cambridge University Press, Cambridge, 1969. (3) Pierre Bourdieu, « Les conditions sociales de la circulation internationale des idées », Romanistische Zeitschrift fur Literaturgeschichte, 14-1/2, Heidelberg, 1990, p. 1-10. (4) Allodoxia : le fait de prendre une chose pour une autre. (5) Pas plus que la mondialisation des échanges matériels et symboliques, la diversité des cultures, ne date de notre siècle puisqu’elle est coextensive de l’histoire humaine, comme l’avaient déjà signalé Emile Durkheim et Marcel Mauss dans leur « Note sur la notion de civilisation » (Année sociologique, no 12, 1913, p. 46-50, vol. III, Editions de Minuit, Paris, 1968). (6) Lire Keith Dixon, Les Evangélistes du marché, Raisons d’agir Editions, Paris, 1998. (7) Sur la « mondialisation » comme « projet américain » visant à imposer la conception de la « valeur-actionnaire » de l’entreprise, cf. Neil Fligstein, « Rhétorique et réalités de la “mondialisation” », Actes de la recherche en sciences sociales, Paris, no 119, septembre 1997, p. 3647. (8) Ces extraits sont issus du catalogue de définitions scolaires de ses théories et vues politiques qu’Anthony Giddens propose à la rubrique « FAQs (Frequently Asked Questions) » de son site Internet : www.lse.ac.uk/Giddens/
4 brumaire 225 – 25 octobre 2016

Des chardons plein les poches

de l’identité gauloise à une vision républicaine humaniste et éxigeante….

A écouter avec circonspection,humour et réflexion face aux délires de la “propaganda” nationaliste,xénophobe et raciste.   https://www.youtube.com/watch?v=bcxnJMnG-pg
Mais était-ce à une autre époque?
19 vendémiaire 225 – 10 octobre 2016

Non classé

Enfin une etape porteuse d’espoirs concrets!

Hier, mercredi 4 mai après-midi, lors de l’examen du projet de loi relatif au statut et à la déontologie des magistrats, la commission des Lois de l’Assemblée nationale s’est engagée à la rédaction d’un amendement organisant les modalités « gratuites, rapides et démédicalisées » du changement de la mention du sexe à l’état civil pour les personnes trans. HES

Nous ne pouvons que saluer cette étape porteuse d’espoirs concrets.

Les parlementaires ont été précis. À l’occasion de l’examen de l’amendement, finalement rejeté, de Sergio Coronado, la députée socialiste Pascale Crozon a rappelé que la France allait être condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme en raison de l’absence de législation sur le changement de la mention du sexe à l’état civil. L’auteure de la proposition de loi déposée par le groupe socialiste le 29 septembre 2015 a ensuite appelé à faire en sorte que « le législateur prenne enfin ses responsabilités et garantisse aux personnes transgenre une voie légale, sécurisée et démédicalisée » pour obtenir la modification de la mention du sexe à l’état civil. En accord avec Erwann Binet et Michèle Delaunay, elle a proposé à Sergio Coronado, qui l’a accepté, un travail commun pour rédiger un amendement d’ici l’examen du projet de loi en séance publique, dans moins de deux semaines. Le rapporteur du projet de loi, Jean Yves Le Bouillennec, a marqué son soutien à la démarche ainsi engagée.

Jean-Jacques Urvoas, garde des Sceaux, ministre de la Justice a, quant à lui, indiqué son ouverture au débat et n’a pas remis en cause l’intention des parlementaires de « faire évoluer la législation » ni « la nécessité  » de cette évolution. Convaincus, comme tant d’autres, que la violence institutionnelle imposée aux personnes trans a trop longtemps été ignorée. En tant que militants nous ne pouvons que considérer qu’il est juste et judicieux de choisir de légiférer enfin sur un sujet sur lequel d’autres pays d’Europe et du monde ont déjà avancé. Il s’agit de « résoudre un vrai problème humain et un problème juridique » comme l’a déclaré cette après-midi Erwann Binet.

Jeudi 5 mai 2016 – 16 floréal 224

Encres sèches

L’invitation au voyage

Mon enfant, ma soeur, Songe à la douceur D’aller là-bas vivre ensemble ! Aimer à loisir, Aimer et mourir Au pays qui te ressemble ! Les soleils mouillés De ces ciels brouillés Pour mon esprit ont les charmes Si mystérieux De tes traîtres yeux, Brillant à travers leurs larmes.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Des meubles luisants, Polis par les ans, Décoreraient notre chambre ; Les plus rares fleurs Mêlant leurs odeurs Aux vagues senteurs de l’ambre, Les riches plafonds, Les miroirs profonds, La splendeur orientale, Tout y parlerait À l’âme en secret Sa douce langue natale.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

Vois sur ces canaux Dormir ces vaisseaux Dont l’humeur est vagabonde ; C’est pour assouvir Ton moindre désir Qu’ils viennent du bout du monde. – Les soleils couchants Revêtent les champs, Les canaux, la ville entière, D’hyacinthe et d’or ; Le monde s’endort Dans une chaude lumière.

Là, tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté.

• Charles BAUDELAIRE   (1821-1867)

Carnet de voyage

Le phare d’Alcatraz

Une île dans la baie de San Francisco A un peu plus de deux miles

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Un phare pour guider les bateaux, Pour surveiller les flots, Et préserver la réputation de cette prison D’où l’on ne s’évade pas vivant…

Enfin peutêtre…

Personne ne sait ce que sont devenus ces trois détenus en 1963 Les courants froids du pacifique, Ou Les requins ont-ils eu raison de leur échapée belle ?

Samedi 16 avril 2016

Delay :-17d

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